Birmanie - jour 3 : Mawlamyine - Bilu Gyun et monastères


Samedi 14 janvier

  • Bilu Gyun (île des ogres)
  • Visites des ateliers d’artisans 
  • Monastère de Pa-Auk
  • Retour à Mawlamyine
  • Pagode Mahamuni
  • Monastère Kyaung Seindon Mibaya
  • Sublime coucher de soleil depuis Kyaikthalan, autres lumières




Ce matin nous nous levons tôt afin de mettre à profit cette seconde et dernière journée sur Mawlamyine. Après un petit déjeuner tout aussi copieux et excellent que la veille, nous gagnons les rives de la Thanlwin et nous dirigeons vers l’un des embarcadères pour gagner Bilu Gyun (ou Bilu Kyun), l’île Bilu, surnommée l’île des Ogres, pour une première expérience vraiment hors des sentiers battus. Nous faisons chou blanc au premier embarcadère (Monya) fermé mais le suivant plus au nord (Ya Mya Na) paraît animé.

Bilu Gyun - l'île des Ogres


Nous embarquons rapidement à bord d’une petite barque à moteur chargée de cartons de victuailles, accompagnés de quelques locaux. Le prix de la courte traversée défie toute concurrence puisque nous payons ainsi seulement 600 K pour 2, soit 0,40€ (normalement c’est 2000 à 3000K), et le moyen d'atteindre l'île est vraiment sympa puis nous sommes vraiment mêlés à la population.









Nous traversons au raz de l’eau brune le large bras du fleuve, croisant quelques barques telles que la nôtre et approchons du rivage de l’île une dizaine de minutes plus tard.
Le bateau avance dans un chenal peu large au milieu d’une végétation verdoyante, longe quelques jolies maisons posées au bord de l’eau puis parvient au débarcadère au cœur du village de Daingwunlwin.










A la descente, nous n’avons pas de mal à trouver 2 jeunes qui seront nos chauffeurs en scooter pour la visite de l’île. Celui d’Audrey étant un peu trop shooté à la chique de Bétel, un autre prend rapidement le relais, d’autant plus rassurant que le nouveau est anglophone, en plus d'avoir des yeux normaux...





L’île Bilu (Bilu Gyun) est une grande île, 40 km N/S et 15km E/O, couverte majoritairement de cultures (légumineuses, riz, coco…) ainsi que de vastes plantations d’hévéas. Une petite chaîne de collines couvertes de forêt assure la production de bois. Elle est connue pour ses traditions artisanales originales : ardoises d’école, caoutchouc, latex, objets en bois sculptés avec deux spécialités : les pipes et les cannes de marche.
Difficile de trouver une explication claire sur le nom de cette île "des ogres" ... Une des légendes locales prétend que ses habitants étaient connus pour être particulièrement laids : ils se taillaient les dents en pointe afin de manger leur viande crue. D'où leur surnom !





Nous parvenons à un premier village après avoir traversé de vastes champs et rizières (en jachère à cette époque), un paysage rural très tranquille.
Les chauffeurs nous arrêtent dans un petit atelier au bord de la route dans le village de Mudoon où deux ouvrières découpent, sur le principe de la carrelette, des morceaux d’ardoise pour les transformer en crayon… à ardoise. Rapidité, dextérité, le schiste se casse comme du verre.










Fabrication des ardoises


Un tout petit peu plus loin, nous arrivons à un nouvel atelier. Ici les plaques de schiste sont découpées en rectangles puis intégrées à leurs cadres en bois. Les ardoises sont ensuite conditionnées et acheminées vers les marchés et les écoles de tout le pays.
Les crayons sont dépoussiérés, conditionnés en bouquets puis rincés. L’opportunité de réaliser quelques jolis clichés.















Tablette, ou ardoise ??


Sur les routes de Bilu Gyun
Sur les routes de Bilu Gyun

Plantation d’hévéa et fabrication des plaques de Latex


Plus loin nos chauffeurs nous arrêtent à l’orée d’une belle forêt d’hévéas. Ici le précieux liquide est récolté à la main, par saignée sur l'hévéa.
L’écorce de chaque arbre est “pelée” et rainurée, de sorte à récolter dans un petit réservoir le précieux liquide.
















Tous les jours le latex est ainsi prélevé, pendant plusieurs heures, tôt le matin. La récolte est ensuite vidée dans des cadres en métal, pour une première étape de séchage pendant quelques heures.






Le latex se solidifie ainsi légèrement au soleil pour former une sorte de pâte malléable, passée ensuite dans un premier laminoir ce qui permet de chasser l'eau et de l'aplanir une première fois. 












Le passage dans un deuxième laminoir, plus serré et aux rouleaux légèrement striés permet d'affiner la pâte de latex et d'améliorer l'évacuation de ce qui reste d'eau pendant le séchage.








Les plaques de latex ainsi obtenues sont suspendues plusieurs jours puis vendues à des négociants venus de Yangon, qui fournissent les multinationales utilisant le matériau (pneus, matelas...).








Nous réalisons la visite dans une ambiance très familiale, la petite exploitation est tenue par un couple qui y vit dans des conditions très modestes. Nous visitons ce qui constitue à la fois leur atelier et leur maison. C'est assez émouvant de les voir travailler dur et vivre dans ces conditions de la production d'une matière première qui se négocie à prix d'or sur les marchés occidentaux. Ils semblent heureux que l'on s'intéresse à leur métier et nous font plusieurs démonstration de leur savoir faire.
Une jolie visite.


Fabrique d’élastiques


Nous reprenons la route et nous arrêtons quelques kilomètres plus loin dans le villages d'Ywa Lut pour apprécier l'une des premières utilisations du caoutchouc obtenu précédemment
Nous n'aurions jamais pensé visiter une fabrique... d’élastiques ! Mais finalement le cheminement est plutôt logique. L'atelier est hélas désert, les ouvriers ne travaillent pas aujourd'hui. Mais nous comprenons tout de même le principe, et toutes ces couleurs sont l'occasion de faire quelques photos plutôt originales.









Le latex est réhydraté et fluidifié (adjonction d’ammoniac) et mélangé à des colorants (vert, rouge, jaune...), puis de longs rouleaux en bois sont plongés dans le mélange et mis à sécher au soleil, comme je vous le montre au-dessus.
Les tubes de caoutchouc obtenus sont retirés des rouleaux et placés dans un séchoir pour plusieurs heures. Ensuite des ouvrières les passent dans une machine qui les tranchent en de très fins anneaux, qui forment ainsi les élastiques. Ceux-ci sont mélangés pour éviter qu'ils ne se collent entre eux et subissent un ultime séchage sous le soleil brûlant. 













Ateliers pipes et cannes


Dans le même village, plusieurs ateliers familiaux sont consacrés à la sculpture du bois et à la réalisation d'objets divers, destinés à la revente sur les marchés.
Nos chauffeurs nous conduisent dans l'un d'entre eux, où un homme volubile nous présente l'ensemble de sa production de cannes et des pipes en bois - dont une particulièrement spectaculaire dont il nous fait la démonstration, pour finir, voyant que nous ne seront pas acheteurs, sur un atelier "chique de bétel".






Sur les routes de Bilu Gyun
Sur les routes de Bilu Gyun


Nous visitons un autre atelier spécialisés dans la production de divers objets en bois : boîtes, stylos, objets de déco... 







Pour nous mettre en condition la famille nous accueille avec thé et crêpes aux graines de sésame, assis devant l'étalage de leurs réalisations. Nous faisons quelques acquisitions symboliques accueillies par de larges sourires.
A l'extérieur, quelques enfants font les curieux; et nous apprécions l'ambiance...














Retour au village de l’embarcadère


Nous revenons progressivement sur nos pas et retrouvons le village de départ.
Nous en faisons le tour, l'occasion de découvrir les conditions de vie des habitants, dans ces petites maisons en bois souvent les pieds dans la terre et la boue.



Sur les routes de Bilu Gyun
Sur les routes de Bilu Gyun






La faim se fait sentir... alors sous les regards curieux des habitants nous nous attablons dans une petite gargote où, assis sur des chaises basses en plastique, nous grignotons "à la locale" des beignets de courgette trempés dans une sauce "poisson fermenté et piment" rappelant l'odeur rencontrée ici. Condiment qu'Audrey laisse de côté après en avoir goûté quelques bouchées. Nous verrons plus tard qu'elle a eu raison d'en rester là...
Nous constatons dans les yeux des habitants qui nous entourent que la visite d'étrangers dans le village n'est pas monnaie courante. Sourires timides et bienveillants.







Nous poursuivons notre tour des lieux et gagnons par un chemin très boueux l’embarcadère. Nous devons faire quelques centaines de mètres car le fleuve s’est retiré (il est sensible aux marées, la mer est très proche).

















Nous regagnons Mawlamyine dans les mêmes conditions, un peu plus long car le chauffeur doit éviter le large banc de sable/terre qui s’est formé avec le retrait de l'eau.





Colline des pagodes de Mawlamyine depuis la Thanlwin river
La colline des pagodes de Mawlamyine depuis la Thanlwin river


Vers 13h sous sommes sur la terre ferme. Après quelques mises au point sur la suite de la journée nous négocions sans tarder un taxi pour gagner le monastère de Pa Auk (négocié 8000K aller-retour, soit moins de 6€) en 30mn de trajet (env 25km).
L'estomac d'Audrey commence à glouglouter.... effet "pâte de poisson" ??



Monastère Pa Auk


Le monastère (fléché site de méditation de Pa Auk) est perdu au cœur d’une forêt légèrement en hauteur, à quelques minutes de la route principale au sud de Mawlamyine.
Atmosphère calme autour des petits chalets en bois destinés à accueillir les fidèles pendant leur retraite (il y a même un bureau d’accueil à leur intention, ça marche quasiment comme un grand camping). 







On gravit un escalier assez raide et parvenons au centre de monastère lui-même, bâtiment rose un peu kitsch surmonté d’une pagode, où il règne un calme incroyable. Des panneaux incitent d’ailleurs à faire silence.





Les salles de prière sont réparties sur deux niveaux : celle du bas pour les novices, celle du haut, bien décorée (boiseries) pour les plus expérimentés. Ambiance carrément insolite, totalement impressionnante. 







Le silence est assourdissant, les méditants sont protégés par une moustiquaire en forme de cloche pour que rien, pas même un insecte, ne vienne troubler leur concentration. Ils se relaient en douceur, selon les horaires qu'ils ont choisis.









Nous nous faisons d'une grande discrétion, nous sommes tolérés sans problème mais évidement le plus grand respect s'impose. Pas de visiteurs à part nous, on ne s'en plaint pas.












Audrey m'attend dehors le temps que je termine la visite (les moines m'offrent de l'eau purifiée), elle n'est décidément plus très en forme, et j'avoue que je ressens quelques nausées que je mets sur le compte de la chaleur. 







Retour à Mawlamyine 


Quiproquo agaçant sur notre destination suivante avec notre chauffeur de taxi : nous voulions rejoindre le site de Kyauktalon Taung situé pas très loin (des pagodes sur des pics rocheux), mais il comprend Kyaikthalan, la pagode principale de Mawlamyine... Bizarre, nous parlons pourtant couramment birman... :-P

Bref nous nous retrouvons au centre de Mawlamyine, déposés juste en dessous de la fameuse pagode Kyaikthalan d'où nous avons admiré le magnifique coucher de soleil hier soir.
Audrey est chancelante, nous nous arrêtons bien à l'ombre sur les bancs d'une petite buvette/resto pour nous rafraîchir d'un coca magique et attendre que "ça passe".







Colline des pagodes "bis"


Profitant d'une très légère amélioration nous poursuivons à pied jusqu'à la Pagode Mahamuni et son incroyable bouddha doré entouré d'éclats de miroir. Très belle galerie également.












Nous remontons ensuite jusqu'à la pagode Kyaikthalan.
Audrey m’attend assise sur un banc, au bord du gouffre mais elle tient bon.














Monastère Kyaung Seindon Mibaya


Je vais visiter, seul donc, le monastère Kyaung Seindon Mibaya situé en contrebas, ignoré la veille, dont les couleurs fanées en rajoutent à son charme. Cinq moines y vivent, l’un d’eux me fait la visite.
Beaucoup de boiseries, poutres, plafonds en caisson, sculptures dont un pan de mur couvert de Nats, ces esprits protecteurs auxquels les birmans vouent un véritable culte, en parallèle à bouddha.
















Le monastère est très beau, particulièrement zen, la lumière est douce. Le moine me présente une dent de bouddha qui ressemble plus à une canine de loup, mais laissons planer le doute et régner la magie !











Très chouette visite qu'il aurait été dommage de rater.
Triste que les autres bâtiments soient laissés à l’abandon.


Nouveau coucher de soleil à la pagode Kyaikthalan


Je rejoins Audrey qui ne va pas mieux, loin de là, même (je vous passe les détails, question de décence). Nous assistons malgré tout à un sublime coucher de soleil près de la grande pagode. Vraiment un coup de cœur, ce coin...


















Nous regagnons tranquillement à pied le Cinderella, pour une soirée très tranquille et repos, surtout pour Audrey car demain il nous faut être en forme. Nous nous levons tôt pour le départ vers Hpa An en bateau.






Resto très local


Vue depuis notre chambre du Cinderella


Nous dînons sur place : tempura de crevettes, crevettes sauce aigre-douce et.... riz nature pour Audrey. "Ægroto dum anima est, spes est" , comme dirait l'autre...

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Sublime coucher de soleil depuis la colline des pagodes - Mawlamyine
Sublime coucher de soleil depuis la colline des pagodes - Mawlamyine